“le petit chose ” au petit destin

J’ai mis une semaine à finir « le petit chose » de l’auteur Alphonse Daudet et une journée à ruminer ma colère contre Daniel Eyssette, le personnage principal de l’œuvre. Excessive mais légitime réaction pour toute personne hantée par la réalisation de son rêve. Ce roman est d’une grande incompatibilité aux humeurs de tout individu en reconstruction ou pleine découverte de soi.

Eyssette fils Daniel voit le jour en 18.. à Languedoc dans une famille de commerçants frappée de plein fouet par la révolution française et son corollaire de maux. Pas un jour ne s’écoule sans visite d’inquisiteurs créanciers à l’appétit vorace. Cette fâcheuse situation met les nerfs de l’irritable Eysette père à rude épreuve. Ses incessant(e)s cris(e)s de colère eurent moult répercussions sur le développement harmonieux des membres du foyer. Daniel grandit mal. Son aspect chétif devient le signe de son grand complexe. Son insertion sociale primaire fut difficile. Le jeune garçon se
réfugie dans un Robinson le clair de son temps. Cette addiction bénéfique aux vers et proses de réputés poètes se poursuit longtemps après son traumatisant passage sur les bancs pendant lequel Daniel baptisé « le petit chose » développe au fil des recueils bus le vocabulaire et les aptitudes d’un grand poète. Devenu plus tard brillant instituteur sans charisme ni personnalité Daniel essuie humiliations, injustices, expulsions dans son lycée avant de trouver exil chez son frère Eyssette Jacques à Paris.

Là-bas, le rejeté reçoit gîte, couvert, écoute, dignité et ce trop plein d’amour nécessaire pour panser n’importe quelles blessures émotionnelles laissées par n’importe quelle enfance difficile. Mais les plaies de Daniel ne guérissent pas. Daniel ne réagit que sous tutelle. Près de son frère, Daniel devient fort poète. Loin de lui, c’est le pantin de service d’une médiocre cantatrice. Cette dernière, tel un vampire, lui vole son estime de soi naissante, sa carrière prometteuse, l’espoir et le rêve de toute une famille. Le chagrin emporte son aîné. Daniel, orphelin de” mère Jacques” fini en vendeur de porcelaine plutôt heureux dans la boutique Pierrotte.

L’auteur est bon. C’est indéniable. Son ton aristocrate m’a plongé dans la France des redingotes avec simplicité. Chaque page a sa dose d’émotion qui vous fait, soit sortir de vos gonds, soit écraser une larme. Seulement, la beauté de la forme contraste avec celle du fond de l’histoire. Comme j’aurais aimé que ce talentueux artiste guérisse de ses blessures, comme j’aurais aimé qu’il réagisse et poursuive son rêve, comme j’aurais aimé que Daniel finisse par clouer le bec à tous ses bourreaux et à toutes ses épreuves traversées. Mais qui suis-je si ce n’est qu’une simple lectrice révoltée face à cette pitoyable reddition ?
Mes quelques mots sont mes seules armes pour dire à mon tour à mes lecteurs que nous ne sommes peut-être pas responsables de nos blessures, mais notre guérison incombe de notre pleine responsabilité. Et qu’un rêve n’est fait que pour être réalisé…aussi grand soit-il.

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About the Author: drorita

2 Comments

  1. Je me remémore en lisant ces lignes, les pensées qui m’ont traversé quand j’ai lu ” le petit chose “. Effectivement, Daniel n’a jamais grandi. C’est une leçon de vie. Bravo pour ce texte.

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