Women with the knife

Un jet d’eau. Un homme prend calmement son bain. Puis, surgit en face, une femme brandissant un couteau. Trois plans serrés successifs suivis d’un effroyable cri . Il n’y a aucun doute: la femme au couteau du réalisateur ivoirien Timité Bassori fait une entrée réussie. À la Hitchcock, le dieu du suspense britannique, dans la mythique scène de la douche du film Psychose sorti en 1960.

Paru pour la première fois en 1969 puis rejeté par la critique la même année, Women With the knife, le premier long métrage ivoirien d’une heure vingt minutes , est acclamé un demi-siècle plus tard, par un groupe d’acteurs de l’ancienne et de la jeune génération du cinéma ivoirien venu assisté à la projection du film mercredi 17 juillet à la rotonde des arts du plateau.

Résumé

De retour au pays après un long séjour français, un jeune ivoirien peine à retrouver ses marques, des amours et le sommeil. Ses nuits, constamment perturbées par une mystérieuse dame au couteau, le privent de s’unir à quelconque femme. Toutes   prenaient la poudre d’escampette à chacune de ses subites crises d’agitation aiguë. Toutes, exceptée une, dont la compréhension, l’accompagnement et la présence constante finissent par rompre le mystérieux « sort ».

L’homme souffrait d’un blocage né dans l’enfance. Sa mère, afin de le mettre en garde contre les indélicatesses des premiers flirts, invente une sentence aux effets bien traumatisants : « Aux enfants qui s’adonnent aux pratiques des adultes, la dame au couteau règle leur compte ».  L’effroyable boutade dont il se remémore au cours d’un flash met fin à sa mésaventure, et le guérit.

Ce film en noir blanc est d’une simplicité et une sincérité touchantes. Déjà en 1969, le réalisateur usait d’un jeu d’intrigue qui demandait beaucoup de ce que la jeune génération qualifie de gymnastique intellectuelle pour la compréhension.  Bonne lumière, Bonne trame, belle chute assortie d’un bon jeu d’acteur assuré par Timité lui-même, malheureusement peu acclamé à ses premières heures :

« Les gens ont dit du film à sa sortie qu’il n’allait pas dans le courant du cinéma africain. Le cinéma africain était un cinéma dénonciateur, revendicateur, qui se voulait révolutionnaire. Un film qui traitait plutôt d’un problème intellectuel et psychologique était un peu du luxe pour ces gens-là qui estimaient qu’il y avait des sujets plus urgents à traiter ». Précise le premier cinéaste ivoirien au micro du confrère Fortuné Bationo.

En effet, la femme au couteau en période post-indépendance attirait moins l’attention des critiques qui réclamaient un cinéma engagé. Mais le réalisateur avant-gardiste et tenace à ses thèmes qui l’obsèdent et s’imposent à lui finit par les matérialiser car pour lui « quand un sujet vous tient à cœur, vous le faites ». 

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About the Author: drorita

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