Kadhafi, le guide vide

Deux fois que je parcours la dernière nuit du Raïs. Dans ce roman tant passionnant que dérangeant, l’auteur Yasmina Khadra revient sur la fatidique soirée du 19 au 20 Octobre 2011 au cours de laquelle Mouammar Kadhafi, acculé par des rebelles déterminés à libérer la Lybie se réfugie à Syrte. Entre les flashbacks sur sa vie et le récit de cette nuit en feu, j’y découvre une dualité de personnage. Sous la carapace de cet increvable guerrier dopé aux proses et vers d’un oncle poète, se cachait un enfant envahi par un vide aussi grand que l’univers.

L’ablution de l’esprit

« Mon oncle jurait que j’étais l’enfant béni du clan des Ghous, celui qui restituerait à la tribu des Kadhafa ses épopées oubliées et son lustre d’antan. » c’est ainsi, à coup de responsabilités et d’optimisme sans précèdent que l’enfant Kadhafi est bercé dans le désert libyen. Sa figure paternelle de substitution chérie, allait toujours plus loin dans l’« ablution de l’esprit » du jeune brave, lui décrétant la lune comme étoile. Le guide lui doit sa détermination hors norme et sa démesure à tout point. Que ça !

L’insaisissable élève de Sebha et Misrata devient un adolescent justicier puis un intrépide officier de l’armée libyenne qui va jusqu’à en découdre avec la fainéante monarchie à seulement 27 ans. Peu avant son sacre, entre 2 grades, le jeune capitaine d’alors découvre une vérité qui le changera à jamais : l’origine tant recherchée de son géniteur: « D’après l’enquête que nous avons mené auprès de votre clan, vous êtes né de père inconnu. Certaines indiscrétions avancent que vos êtes l’enfant naturel d’un corse nommé Albert Preziosi… » Lui lança avec désinvolture et dédain son subalterne.

Mouammar ne serait pas le fils d’un père mort dans un combat d’honneur. Les litanies de son oncle sont fausses ! Et Kadhafi ne pardonne pas…Il ne pardonnera plus personne. Tout bascule. Plus à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est la rupture. A son optimisme à toute épreuve se greffe un sentiment malsain : la colère. Le guide est amer avec ses frères arabes. La France et les occidentaux n’auront droit qu’à son mépris. Sa famille, plus rien ! Aux traîtres, rebelles et autres belles désirées, le lourd châtiment. Irritable et susceptible comme personne, Le justicier d’hier fait plus la pluie que le beau temps  dans son pays. Les cris du peuple excédé parviennent à une oreille maligne…

l’autre exploit de Yasmina

La dernière nuit du Raïs est le second exploit du genre signé Yasmina Khadra. L’auteur tout comme dans Khalil, le kamikaze, va se glisser dans la peau du redoutable tyran Kadhafi et nous dresse son état psychologique. Mouammar n’est pas né ainsi. Kadhafi a manqué de l’affection d’un père depuis le berceau. L’enfant s’est pratiquement forgé un monde à lui tout seul avec des tissus de mensonges qui avaient valeur de talisman pour lui. Il a connu la déception, n’a pas cicatrisé et en a fait plusieurs victimes à la chaîne…

Le vide intérieur est un mal silencieux aux dégâts réversibles à condition de toucher avec pleine responsabilité sa souffrance et la transformer en or.

« Tes blessures ne sont probablement pas de ta faute, mais ta guérison est de ta responsabilité »

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About the Author: drorita

2 Comments

  1. Félicitations ,merci de le replonger dans cette œuvre.mon regard a changé vis à vis du guide après avoir lu cette œuvre.

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