CE QUE LE JOUR DOIT À LIEUPLEU

Village de 1000 âmes situé dans la sous-préfecture de Zouan-hounien, dans le département de Danané, Lieupleu fait partie des lieux les plus fréquentés de la région du Tonpki. Pour cause, son très prisé pont de Lianes qui supplante le fleuve Cavally. Il y a aussi cette végétation dense et luxuriante qui séduit plus d’un. Pourtant sa population  broie du noir.

Pour gagner Lieupleu depuis Abidjan, il faut s’armer de patience et de courage. La distance à parcourir est de 675 longs et pénibles Kilomètres. Caché dans le tréfonds de l’ouest montagneux ivoirien, cette cité fonctionne un peu comme une perle. Pour la voir, il vous faut en plus des 10 interminables heures de route en car, crapahuter sans casque à moto sur des pistes rocailleuses, ravaler votre peur du noir et accepter de vivre sans portable et internet le temps de votre séjour…

Une fois tous ces obstacles franchis, la crainte de l’inconnu peut vous étreindre. Les cases en briques et boues rouges ne disent rien qui vaille. A l’ombre d’un arbre non loin de la place publique quelques anciens regardent silencieusement dans le vide. Le regard absent répondant tout de même avec enthousiasme aux salutations de l’étranger à qui ils s’empressent de demander sa généalogie. On aurait dit des robots programmés pour cette tâche. Certaines femmes de retour des champs sont suivies de leurs animaux de compagnie quand d’autres hache ou pilon en main se grouillent pour le repas sur feu de bois. Des enfants nus pieds, ventre en l’air, insouciants jouent par grappe sur la place publique qui leur sert d’air de jeu. Ils portent des vêtements aux couleurs de la latérite et vous répondent en Yacouba, ethnie de la région, pur et dur, celui du registre des anciens quand vous leur parlez en français. Leur autre alternative : un sourire puis la fuite. Les jeunes hommes, quant à eux effectuent des allers et venues sur des motos. Il y en a une au pied de chaque case. C’est le moyen de transport par excellence dans la région et l’activité de reconversion pour la plus part de ces sans emplois depuis l’avènement des différentes crises millitaro-politques.

Lieupleu  dans le noir

Quand tombe la nuit, le tronçon Danané-Lieupleu ainsi que le village plongent dans l’obscurité. C’est tout simplement effrayant ! Par endroit, quelques maisonnées éclairées à watt insuffisant provenant des plaquettes d’énergie solaire vissées sur le toit des cases. L’énergie n’éclaire pas plus loin qu’un rayon d’un mètre ; elle ne peut également pas recharger un téléphone encore moins faire marcher un poste téléviseur. Bref, les soirs Lieupleu est complètement noir. Les plaquettes solaires ne servent en réalité pas à grand-chose ici, laissant les habitants compter sur le clair de lune pour leurs activités nocturnes comme réviser les leçons et faire les devoirs  pour les élèves de l’école primaire du village.

le paradoxe

Pourtant depuis la place centrale du village, derrière les habitations, l’on entend le clapotis d’un cours d’eau. C’est le fleuve Cavally. Cette importante source d’énergie coule sans être suffisamment exploitée depuis la Guinée et le Libéria jusqu’en Côte d’Ivoire. Sa longueur : 515km. Son bassin compte 30 600 km carré soit la superficie de la Belgique.

le Cavally, le pont de lianes et plus encore

Destiné pour la lessive, la vaisselle, les baignades, la pêche en période de crue, le Cavally part avec toute sa puissance arroser  d’autres contrées. Quant aux  populations elles se sont résignées à le convertir en  un lieu touristique de subsistance. 1000 fcfa par visiteur noir de peau et 2000 fcfa pour les Européens. Ce cours d’eau  donne en effet sur  un endroit verdoyant surplombé du fameux pont de lianes une beauté unique. Cet ouvrage dont la conception reste du domaine sacré  assure  la liaison entre  deux rives. La technique de base utilisée est celle du tissage. Le matériau de construction est la liane. Quelques jours avant la construction, l’assemblage des lianes est déposé le long du fleuve, au niveau du site choisi pour la mise en œuvre de l’ouvrage. Ce site est dès lors interdit d’accès à toute personne non initiée. Le lendemain matin, un chef-d’œuvre ayant les caractéristiques d’une toile d’araignée, est dressé sur le cours d’eau. On voit ainsi, les lianes attachées très haut à des branches d’arbres et retenant ainsi le pont fièrement suspendu au-dessus du fleuve. En une nuit donc, avec tout le mystère qui l’entoure, le pont est conçu par des initiés, essentiellement des hommes dont la moyenne d’âge est de 50 ans. Mais, selon la tradition locale, « ce sont des génies qui jettent le pont de lianes par-dessus la rivière ». En tout état de cause, le secret est gardé jalousement par les initiés et ne se transmet pas aussi facilement. La traversée se fait pieds nus, la bouche vide, même pas un chewing-gum autorisé au risque de s’exposer à des accidents qui, selon les croyances de la communauté, sont souvent d’origine mystique. L’écosystème y est encore vierge, la biodiversité dense.  Des papillons et oiseaux au plumage rare se font voir ou entendre. La température tourne autour des 24 degré. Constamment. Ce cocktail offre un spectacle d’une beauté…

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